samedi 24 décembre 2011

La médaille de Paul

Dès le matin, la cour s'active. Les femmes préparent le déjeuner et la toilette des enfants. Il fait beau. Le ciel est bleu. L'air est beaucoup plus pur qu'à Ouaga. Paul a fait construire cette grande maison pour toute sa famille. Il a reçu, il y a peu, une médaille du mérite. Son vrai boulot c'est instituteur mais il passe pas mal de temps à écrire des articles pour différents journaux. Et il est récompensé pour ça. Aujourd'hui, il a invité beaucoup de monde pour fêter ça. Tout le monde s'active aux préparatifs. Nous partons dans les faubourgs de Tougan pour vérifier que les poulets commandés la veille sont bien en préparation. Heureusement que nous y sommes allés car apparemment, rien n'est en cours. Finalement, Paul et Félix décident d'aller acheter des poulets ailleurs pour les préparer eux-mêmes. Ils nous déposent, Guigma et moi, au très joli marché du centre ville. Je fais de belles photos en toute discrétion. J'achète du piment et des claquettes. Puis nous allons boire une bière au Nirwaya, le bistrot central de Tougan que je connais bien. Ils ont remplacé la grande paillote centrale par un toit en tôle. Dommage, c'était plus joli avant. Vers 16 heures, les invités commencent à arriver. D'abord, les fonctionnaires, arrogants et moqueurs, qui s'installent dans le salon, puis les voisins et amis. Tout se passe dans une ambiance calme et polie. Pour moi, c'est une excellente occasion de prendre des photos de portrait sans problème. Repas, discours et tout et tout. Avec Guigma, nous allons faire réparer la roue éclatée la veille. Félix a fait ramener un de ses pneus d'occasion de Ouaga par le taxi-brousse. Les petits réparateurs ont une dextérité impressionnante pour faire le boulot en un rien de temps. Le plus long est de redresser la gente qui en a pris un coup. Amélie, la deuxième fille de Félix qui sourit tout le temps, vient d'arriver de Ouaga par le bus avec son mari et son fils, Igor. Dans la soirée, nous allons saluer le frère de Sita qui habite de l'autre coté de la ville. Le ciel est brillant d'étoiles. Une vraie crèche de noël. Au retour, nous passons voir Orkate, une amie complice de Félix que je connais bien. Une très belle femme. Elle était responsable d'une association de femmes dans le village de Da. Maintenant, elle est à la retraite. Elle se plaint un peu de sa santé. Mais elle a gardé son humour et sa joie de vivre. J'apprécie les gens positifs comme elle. De retour chez Paul, j'apprends durant le dîner que Gloria n'est pas la vraie fille de Noëlla et Guigma. En fait, elle a été retrouvée, à peine accouchée, enfermée dans un sac plastic dans une poubelle. C'est un douanier qui passait par là par hasard qui l'a découverte. Comme Guigma était l'infirmier du secteur, le douanier est venu tout naturellement lui remettre le bébé. Bien entendu, ils n'ont jamais retrouvé la mère. Noëlla et lui s'en sont donc occupés. Les démarches administratives pour l'adoption sont longues et coûteuses. Mais ils ne désespèrent pas d’y arriver bientôt. Au début, connaissant Noëlla qui me fait toujours marcher, je pensais que c'était une blague. Mais plus tard, Guigma me confirme l'histoire. En tout cas, chapeau pour tous les deux. Avec leurs petits moyens, c'est courageux de leur part. Un beau compte de Noël. Evidemment, depuis, je ne vois plus Gloria du même œil. Je comprends et excuse ses colères fréquentes.

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