samedi 31 décembre 2011

La Saint Sylvestre à Ouaga

La lumière du petit matin est très belle. C’est le moment idéal pour faire de l’image. Je vais donc me promener dans les environs. Juste derrière la maison, il y a un immense enclos pour les zébus. Sûrement un point de rassemblement du bétail avant l’abattoir. Puis nous partons à la gare routière. Le bus de Ouaga part à 10h00 pétante. Surprise, Laura vient avec nous. Elle va retrouver sa mère Jacqueline qui se trouve à Ouaga en ce moment. Il va falloir négocier une place pour elle dans le car. Je demande à Félix de faire un petit crochet par la mosquée que j’ai oublié de prendre en photo. C’est une des plus vieilles construction de Bobo (fin 19ème). J’aime bien, elle est très jolie. Nous embrassons tout le monde et le bus part à l’heure. Quelle ponctualité ! Laura est assise entre Félix et moi. Comme ce n’est pas très confortable, l’aide chauffeur trouve une place pour Félix dans le fond du bus. On est plus à l’aise. Laura s’endort durant presque la totalité du trajet. Je tente quelques photos à travers la vitre de la fenêtre sans grand succès. Mon petit appareil ne gère pas les vitesses d’obturation et je n’ai que des photos floues. Tant pis. Le goudron est bon jusqu’à Boromo car il a été refait récemment. Après, jusqu’à Ouaga, c’est moyen. On s’arrête quelques minutes à mi parcours, à Boromo, pour manger quelques bananes et boire un peu. Puis c’est reparti. Nous arrivons sans problème à la gare routière de Ouaga vers 15h30. Comme Noëlla et Jacqueline ne sont pas là pour venir nous chercher, nous prenons un taxi. Sur la route nous les croisons en scooter. Trop tard. Jacqueline ne sait pas que nous avons ramené Laura avec nous. Ca va être la surprise. Je retrouve mes deux chéries, Hadi et Gloria, qui, apparemment sont toutes heureuses de me revoir. Sita et ses neveux sont en train de préparer le repas pour la fête de ce soir. Je vais avec Jacqueline récupérer mon batik au centre artisanal du centre. Il est magnifique. Je suis ravi de mon achat. De retour à la maison, le quartier est en ébullition. On entend de la musique un peu partout dans les maisons voisines. Je suis surpris de retrouver Edwige et Bienvenue qui ont décidé de venir à Ouaga pour passer le 31 avec nous. La fête commence. Nous dansons, mangeons et buvons toute la nuit. A minuit, on se fait la bise puis nous montons sur la terrasse de la maison pour voir les petits feux d’artifice tirés d’un peu partout en la ville. C’est artisanal mais sympa.

vendredi 30 décembre 2011

Le marché de Bobo

Edwige part tôt ce matin pour son dernier jour de boulot. Félix, Laura et moi regardons le dvd d’un film burkinabé nul qui s’appelle "Sofia". Une histoire d’amour à l’eau de rose débile, genre bollywood. Mais Félix et Laura adorent. Elle connaît les dialogues par cœur. Nous avions prévu d’attendre Edwige pour aller faire un tour au marché. Mais comme elle ne rentre pas, nous y allons sans elle. Le marché grouille de monde. Les échoppes des commerçants musulmans sont fermées car ils sont à la mosquée pour la prière du vendredi. Je suis certainement le seul blanc dans les environs. Difficile de passer inaperçu et de prendre des photos incognito. Je trouve des écouteurs pas chers pour remplacer ceux que je me suis fait piquer l’autre nuit. Bon, ils ne sont pas terribles mais on fera avec. Lorsque nous rentrons à la maison, Edwige n’est toujours pas rentrée. Pour son dernier jour, ils l’ont gardé plus longtemps. On a bien fait de ne pas l’attendre. Avec Laura, nous fabriquons un jeu d’awalé avec des petits cailloux ramassés dehors. Nous jouons toute la soirée. Cette fille est très intelligente. Elle triche la coquine. Mais je gagne quand même. Non mais !

jeudi 29 décembre 2011

Départ pour Bobo Dioulasso

Sita et Noëlla nous accompagnent à la gare routière en scooter. Le bus part comme prévu à 10h30 pile. Il parait que cette compagnie de cars privés appartient à un ancien footballeur. Plutôt que de claquer bêtement son pognon, il a investi dans cette entreprise. Les bus sont en très bon état. Rien à voir avec les corbillards ambulants que j'ai connus jadis. Nous prenons le boulevard périphérique pour rejoindre la nationale de Bobo. Le contournement de Ouaga est assez long. Il y a quelques travaux sur la route. Nous empruntons donc des pistes de déviations provisoires. Les routes souffrent beaucoup ici. En grande partie à cause des fortes pluies durant la saison humide. Il faut les entretenir en permanence. Sinon elles deviennent vite impraticables. Nous passons par les villages de Sabou, Tatio et quelques autres. Nous nous arrêtons dix minutes à Boromo situé à peu près à mi chemin. Ambiance de gare routière avec ses vendeuses de boissons, fruits, pains, arachides et tout ce que les voyageurs peuvent avoir besoin. Je prends quelques photos le plus discrètement possible. C'est l'avantage des petits appareils. On peut les camoufler facilement. Dans le car, nous sommes situés à droite face au soleil. Ce n’est pas très bon pour les photos. Juste avant d’arriver à Pa, il y a un accident entre une voiture et un bus. La voiture est complètement calcinée. Nous apprendrons plus tard qu’il y a eu trois morts. Malheureusement, c’est monnaie courante. Je verse une petit larme lorsque nous passons devant le croisement de la route qui mène au sud vers Dano. Il faudra quand même que j’y retourne un jour. Plus on descend vers Bobo, plus la végétation est présente. On retrouve un peu de verdure qui contraste avec l’aridité du nord. Bon, c’est pas non plus la jungle. On arrive enfin à Bobo à 15h30 pile poil, l’heure prévue. Edwige a demandé à un de ses amis de venir nous chercher. Il nous attend à la gare routière avec sa Mercedes noir. Edwige habite une très jolie maison au nord de Bobo sur la route du Mali. C’est Laura, la fille de Jacqueline, et Bienvenue, une jeune fille de Zaba qui nous accueillent. Edwige est au travail. Après le déjeuner, nous prenons un taxi avec Félix pour aller chez la sœur de Sita afin de lui piquer son scooter. Ce sera plus pratique pour nous balader en ville. Car ici les embouteillages sont aussi nombreux qu’à Ouaga. Nous avons à peine le temps de visiter la ville qu’au bout de quelques kilomètres, le câble du frein arrière lâche. Nous allons donc au marché central pour le faire réparer. Un petit apprenti mécanicien met un temps fou à nous le réparer. Il faudra que le chef lui donne un coup de main sinon nous y serions encore. Nous repartons chez Edwige à la nuit tombante. Comme Félix va voir quelques amis en ville, je dîne seul avec les filles. Edwige me raconte son boulot. Pas passionnant. Il faut qu’elle rentre des données dans des ordinateurs. Mais ça paye relativement bien. Elle termine officiellement demain soir. A moins qu’ils ne la réembauchent l’année prochaine. Mais elle ne le saura que début janvier. Si ça ne marche pas, elle a bien envie de retourner vivre à Ouaga. En ce moment, elle est un peu dans l’incertitude. Et pour couronner le tout, elle a une bonne rage de dents. Je lui conseille de prendre du Synthol pour calmer la douleur. Félix ira lui en acheter ce soir. Pour dormir, Edwige me prête sa chambre. Je suis gêné mais c’est difficile de refuser. Ce serait mal poli. Les filles dorment donc dans une autre chambre et Félix sur un canapé du salon. J’ai l’impression qu’il m’a refilé son rhume, ce chameau.

mercredi 28 décembre 2011

L'anniversaire de Noëlla

J'ai trop mangé hier soir. Mais c'était tellement bon. Dans la nuit, Félix s'est engouffré tous les restes du poisson. Il nie. Sita l'engueule. Encore un long appel téléphonique de Laurent. Ses affaires ne s'arrangent pas. Félix le réconforte comme il peut. Nous décidons de partir demain à Bobo chez Edwige, la fille aînée de Félix. Nous passons donc à la gare routière pour réserver deux places. Devant nous, une fille en scooter se casse la gueule. Les accidents des deux roues sont fréquents ici. Apparemment, elle n'a rien. Juste un peu de tôle froissée. On en profite pour faire un détour par l'Onatel pour savoir où en est la connexion Internet. C'est les fêtes de fin d'année. Il ne faut pas s'attendre à avoir Internet avant une dizaine de jours, malgré leur promesse de faire au plus vite. Sita a préparé un nouveau poisson pour remplacer celui qu'a mangé Félix (qui nie toujours). Ce soir nous allons fêter l'anniversaire de Noëlla dans un maquis en plein air du coté de Ouaga 2000. Nous mangeons de très bonnes brochettes de zébu et du poulet grillé. Le tout arrosé de bière comme il se doit. On rigole bien. Ils passent de la bonne musique africaine. Nous rentrons dans la nuit, tous bien gais.

mardi 27 décembre 2011

Centre artisanal

Dans la nuit, j'entends le grincement du portail. Encore un voleur ? Non, j'entends la voix de Félix plutôt calme. Je me rendors. Au matin, j'apprends que Félix et Sita sont allés accompagner la petite voisine à la clinique pour accoucher. C'était donc ça l'ouverture du portail. Ce matin, comme il n'y a rien de spécial à faire, je vais à pied au centre artisanal situé non loin de là. C'est un grand centre où il y a plein d'ateliers d'artisans. Du tissage, des batiks, des statues, de la poterie, etc… C'est plutôt une bonne idée d'avoir rassemblé dans un même endroit les différents types d'artisanats du Burkina. Malheureusement, le passage de nombreux touristes fait grimper les prix. Mais il faut reconnaître que les produits sont beaux et de bonne facture. Il y a beaucoup d'idées intéressantes dans tout ce que je vois. Je rentre à la maison sous la chaleur de midi. Sita et Noëlla ont préparé du riz sauce. Gloria est beaucoup plus calme aujourd'hui. Sans doute grâce à la présence d'Hadi. L'après midi, je vais faire un tour à l'autre centre artisanal. Celui plus ancien situé au centre ville. Il est moins surfait et les prix sont beaucoup plus intéressants. Je commande un grand Batik. Il faut que je remplace le mien, en France, qui est tout délavé. J'ai eu la mauvaise idée de le nettoyer à la machine à laver. Je choisis moi-même les motifs. Il sera prêt vendredi prochain. Nous allons prendre une bière dans un maquis près de chez Félix. Deux serveuses, amies de Félix, palabrent pour savoir si Félix a bien payé sa consommation la dernière fois. Comme d'habitude, ça se termine bien. On a peut-être un peu trop bu. On a des crises de rire sur le scooter en rentrant. Ca fait du bien. Sita est en train de préparer ses sachets de glace qu'elle revend pour se faire un peu d’oseille. Ce soir, j'ai envie de poisson. Je vais commander deux grosses carpes sur le trottoir. Délicieux.

lundi 26 décembre 2011

Retour à Ouaga

Félix se réveille avec la gueule de bois. Je pense qu'il a du abuser de la bière hier soir. Heureusement, Paul, plus actif, fait bouger tout le monde pour repartir à Tougan. On charge la voiture et partons en fin de matinée en disant au revoir et merci à tout le monde. A mi parcours, Noëlla s'aperçoit qu'elle a oublié un sac à Zaba. Félix est furieux. On téléphone à Paul qui vient de partir en scooter pour qu'il fasse demi tour et aille chercher ce maudit sac. Nous arrivons à Tougan vers midi. Nous attendons un peu que la chaleur baisse pour reprendre la route de Ouaga. J'avais dit à Félix que je ne voulais plus rouler de nuit pour pouvoir admirer le paysage. Je paris avec Félix que nous crèverons au moins deux fois. Lui maintient que nous ne crèverons pas. On verra bien. Nous faisons le plein d'essence à Tougan, achetons des bouteilles d'eau et nous voilà partis. A la sortie de Tougan, Amélie qui voyage avec nous, s'aperçoit qu'elle a oublié les clefs de sa maison. Demi tour. Félix râle. On récupère les clefs et on repart. Félix roule à bonne allure. La piste est plutôt bonne. Les paysages de brousse sont monotones mais j'aime bien. On a l'impression qu'ici, le temps ne bouge pas. Les cases ont changé de forme. Elles sont rondes. Nous sommes en pays mossi. L'ethnie dominante du Burkina. Nous faisons une halte à Yako pour boire une bière à coté de la grande mosquée construite par Kanasoé, un riche burkinabé musulman qui a réussi dans les travaux publiques. Nous retrouvons la route goudronnée. On s'arrête acheter un peu de bois au bord de la route. Je fais remarquer à Félix que ça sent le brûler. Il ne sent rien d'anormal. Bon, croisons les doigts. Puis nous voilà de retour à Ouaga avec le soleil couchant. La lune apparaît à l'horizon. Elle est couchée horizontalement. On ne la voit jamais comme ça en France. Le crépuscule orange et vert est magnifique. Je félicite Félix d'avoir gagner son pari. On n'a pas crevé. Mais j'ai parlé trop vite. Cent mètres avant d'arriver à la maison, on crève. Décidément, Félix n'a pas de chance. Guigma, notre mécanicien, change la roue. Heureusement qu'il est venu avec nous celui-là. On l'a bien rentabilisé. Puis, impossible de redémarrer. Les câbles d'alimentation électriques ont fondu. Ca a provoqué un court circuit. C'était l'odeur que j'avais senti sur la route auparavant. Donc, on pousse la voiture. A la maison, nous retrouvons Sita, ravie de nous revoir. Noëlla et Guigma repartent chez eux sur leurs scooters avec Hadi et Gloria. Ils sont chargés comme des mules. Je prends une bonne douche pour me laver de toute la poussière du voyage. Après, je me sens tout léger. Félix part faire réparer sa voiture. Il doit laisser un paquet de pognon chez son mécanicien. Moi, je reste à la maison regarder la télé avec Sita et la petite voisine, enceinte jusqu'au menton.

dimanche 25 décembre 2011

Fête de Noël à Zaba

Ce matin, il y a quelques nuages dans le ciel. Ca fait bizarre. On m'apporte un peu d'eau chaude pour me laver dans le local qui sert de douche. On doit tous partir à Zaba, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Tougan. Comme on est trop nombreux pour grimper tous dans l’Espace, Félix amène quelques personnes à la gare routière pour prendre le taxi-brousse. D'autres nous rejoindrons en scooter. L'organisation est un peu bordelique mais on arrive quand même à tous partir. Comme Félix n'est pas sur de repasser par Tougan demain pour repartir sur Ouaga, on emporte toutes nos affaires avec nous. Nous nous entassons à onze dans la voiture de Félix. Enfin, quand je dis nous, je pense surtout aux autres qui sont derrière. Car moi, je suis tranquillement installé devant avec Hadidiatou, qu’on appelle plutôt Hadi, la petite fille de Noëlla et de Guigma (légitime celle-là). J'ai honte d'avoir tant de place mais c'est comme ça en Afrique. Priorité aux invités étrangers. Pas de négociation possible. Comme de bien entendu, nous crevons sur la piste. Le pneu réparé hier soir n'a pas tenu. C'est Guigma qui, une nouvelle fois, change la roue sous la surveillance de Félix. Un pro je vous dis. Les filles et les enfants en profitent pour aller ramasser quelques fruits dans les arbres. Je ne connais pas leur nom en français mais c'est sucré et plutôt bon. Une fois réparé, tout le monde reprend sa place de sardine. Nous nous arrêtons un peu plus loin au village de Gassan pour réparer le pneu et faire quelques courses pour la veillée de ce soir. Nous arrivons enfin à Zaba vers 11 heures. La messe de noël vient de se terminer à l'église de la mission catholique. Je reconnais la concession familiale. J'y suis déjà venu plusieurs fois. Depuis peu, il y a de l'électricité, mais toujours pas d'eau courante. Plus besoin de lampe à pétrole le soir. Ca perd un peu de son charme mais c'est plus pratique. Félix va chercher de la bière bien fraîche. Moi, je vais me promener dans le village pour prendre quelques photos. Bien sur, je prends soin de demander la permission aux gens auparavant. J'ai compris la leçon. Les cases en terre sont typiques de la région Samo. J'aime beaucoup leur forme, surtout les greniers à mil surélevés pour éviter que les rongeurs ne viennent manger les récoltes. Les gens que je rencontre sont vraiment gentils. Je discute un peu avec ceux qui parlent français. De retour à la case, je distribue aux enfants les petits cadeaux que j'ai ramené de France (crayons de couleur, lampes électriques qu'on recharge en tournant une petite manivelle, des briquets et quelques montres). L'après-midi, il fait chaud. Je suis allongé sur une chaise longue en sirotant une bière pendant que Paul et Félix installent la sono. Les filles préparent le festin du soir. Coucous, riz sauce arachide et morceaux de mouton. Félix sort même une bouteille de vin rouge espagnol. Le pied ! La maman de Félix est décédée l'année dernière. Je me souviens d'elle. Elle était toujours de bon humeur. Elle dansait et chantait souvent. Félix profite de son passage pour faire un peu de rangement dans sa case. Quelques-uns dansent au son de la musique africaine très sympa que je ne connaissais pas. D'autres remontent l'eau du puit, d'autres font la lessive. Bref, personne ne glande sauf moi. Des griottes viennent chanter les louanges de la famille. C'est toujours un grand moment. En fin d'après-midi, je retourne faire un tour dans le village. Un groupe de gamins m'accompagnent. Certains vont à l'école, d'autres gardent les troupeaux. C'est comme ça ici. Le soir, les filles se parent de leurs jolies pagnes colorés. Paul a invité quelques habitants du village pour fêter sa médaille. Il a fait préparer du dolo (bière de mil) pour l'occasion. Les gens viennent nous saluer les uns après les autres. J'ai dû serrer plus d'une centaine de mains. Les discours se font en dioula. Je ne comprends rien. De temps en temps, Félix me traduit une ou deux phrases. Les gens écoutent attentivement. Ils rigolent parfois. Puis des femmes se mettent à chanter et à danser. Le tout sous le ciel éclairé d'étoiles brillantes. L'ambiance est magique. Les gens dansent les uns derrière les autres sur de la musique ivoirienne. Sympa mais un peu toujours le même rythme. La soirée bat son plein. Il y a beaucoup de monde dans la concession. Le dolo commence à faire son effet. Les gens sont maintenant plus détendus. Certains hommes vont pisser contre les murs en terre de la clôture. Ca me fait sourire. Puis fatigué, je laisse ce petit monde s’amuser et vais me coucher dans une petite chambre que Jacqueline m'a préparé. Je mets mes boules Quiés car la sono est vraiment forte. Quelle belle invention ces engins.

samedi 24 décembre 2011

La médaille de Paul

Dès le matin, la cour s'active. Les femmes préparent le déjeuner et la toilette des enfants. Il fait beau. Le ciel est bleu. L'air est beaucoup plus pur qu'à Ouaga. Paul a fait construire cette grande maison pour toute sa famille. Il a reçu, il y a peu, une médaille du mérite. Son vrai boulot c'est instituteur mais il passe pas mal de temps à écrire des articles pour différents journaux. Et il est récompensé pour ça. Aujourd'hui, il a invité beaucoup de monde pour fêter ça. Tout le monde s'active aux préparatifs. Nous partons dans les faubourgs de Tougan pour vérifier que les poulets commandés la veille sont bien en préparation. Heureusement que nous y sommes allés car apparemment, rien n'est en cours. Finalement, Paul et Félix décident d'aller acheter des poulets ailleurs pour les préparer eux-mêmes. Ils nous déposent, Guigma et moi, au très joli marché du centre ville. Je fais de belles photos en toute discrétion. J'achète du piment et des claquettes. Puis nous allons boire une bière au Nirwaya, le bistrot central de Tougan que je connais bien. Ils ont remplacé la grande paillote centrale par un toit en tôle. Dommage, c'était plus joli avant. Vers 16 heures, les invités commencent à arriver. D'abord, les fonctionnaires, arrogants et moqueurs, qui s'installent dans le salon, puis les voisins et amis. Tout se passe dans une ambiance calme et polie. Pour moi, c'est une excellente occasion de prendre des photos de portrait sans problème. Repas, discours et tout et tout. Avec Guigma, nous allons faire réparer la roue éclatée la veille. Félix a fait ramener un de ses pneus d'occasion de Ouaga par le taxi-brousse. Les petits réparateurs ont une dextérité impressionnante pour faire le boulot en un rien de temps. Le plus long est de redresser la gente qui en a pris un coup. Amélie, la deuxième fille de Félix qui sourit tout le temps, vient d'arriver de Ouaga par le bus avec son mari et son fils, Igor. Dans la soirée, nous allons saluer le frère de Sita qui habite de l'autre coté de la ville. Le ciel est brillant d'étoiles. Une vraie crèche de noël. Au retour, nous passons voir Orkate, une amie complice de Félix que je connais bien. Une très belle femme. Elle était responsable d'une association de femmes dans le village de Da. Maintenant, elle est à la retraite. Elle se plaint un peu de sa santé. Mais elle a gardé son humour et sa joie de vivre. J'apprécie les gens positifs comme elle. De retour chez Paul, j'apprends durant le dîner que Gloria n'est pas la vraie fille de Noëlla et Guigma. En fait, elle a été retrouvée, à peine accouchée, enfermée dans un sac plastic dans une poubelle. C'est un douanier qui passait par là par hasard qui l'a découverte. Comme Guigma était l'infirmier du secteur, le douanier est venu tout naturellement lui remettre le bébé. Bien entendu, ils n'ont jamais retrouvé la mère. Noëlla et lui s'en sont donc occupés. Les démarches administratives pour l'adoption sont longues et coûteuses. Mais ils ne désespèrent pas d’y arriver bientôt. Au début, connaissant Noëlla qui me fait toujours marcher, je pensais que c'était une blague. Mais plus tard, Guigma me confirme l'histoire. En tout cas, chapeau pour tous les deux. Avec leurs petits moyens, c'est courageux de leur part. Un beau compte de Noël. Evidemment, depuis, je ne vois plus Gloria du même œil. Je comprends et excuse ses colères fréquentes.

vendredi 23 décembre 2011

Départ pour Tougan

Félix va beaucoup mieux ce matin. Il se remet à faire de l'humour. C'est bon signe. Je vais au cybercafé d'à coté pour lire et envoyer quelques mails. La connexion est très lente. Puis nous allons boire une bière avec Guigma dans un maquis à l'ombre des manguiers. L'endroit est paisible. Si on veut, on peut déguster des testicules de mouton grillées. On tentera ça une autre fois. Félix et Noëlla nous rejoignent un peu plus tard avec des abats de foie et des petits boudins à grignoter. C'est bon mais pas assez cuit. De retour à la maison, nous retrouvons Jean-Paul et François (le père de Jean-Philippe qui s'est fait descendre par Al Qaïda en Mauritanie, il y a 3 ans, jour pour jour). Puis arrive Amidou. Cela faisait longtemps que je ne l'avais pas vu. Il m'avait aidé à poser du papier peint chez moi à Vincennes. Il a un peu vieilli. Mais il est surtout marqué par l'alcool. J'ai cru comprendre qu'il avait fait plusieurs cures de désintoxication pour s'en sortir. Il a l'air de planer complètement. Je le reconnais à peine. Vers 17 heures, Félix, Noëlla, Guigma, Gloria et moi prenons la route de Tougan. Cela me fait moyennement plaisir car nous allons devoir rouler la nuit et je n'aime pas ça. C'est mieux pour les moteurs de rouler à la fraîche, mais c'est aussi plus dangereux. On ne voit pas grand chose quand on croise ou suit un camion qui nous balance plein de poussière de la piste. Et comme il fait frais, la poussière reste longtemps en suspension dans l'air. C’est comme du brouillard épais. Nous passons vite fait à l'hôpital de Ouaga prendre des nouvelles d'un voisin de Tougan qui a eu un accident de moto. Il est dans le coma depuis une semaine. Ses jours ne n'ont pas en danger, mais en Afrique, on ne sait jamais. Nous sommes bloqués dans les bouchons de sortie de travail. Une vraie pagaille. Nous mettons plus d'une heure pour sortir de Ouaga. La ville s'est sacrement agrandie depuis 20 ans. Avant, ici, c'était la brousse. La nationale jusqu'à Yako est goudronnée. Elle est plutôt en bon état mais il faut faire attention aux animaux qui traversent et aux deux roues qui, souvent, roulent sans phare. Le ciel est étoilé. C'est merveilleux. Nous faisons une pose d'un quart d'heure à Yako puis nous nous engageons sur la piste. Il nous reste une centaine de kilomètres à parcourir. Fort heureusement la piste a été grattée récemment. Félix peut donc rouler rapidement. Il conduit bien. C'est un chauffeur hors pair. Mais j'ai perdu l'habitude de la vitesse sur la piste. Je sers les fesses. Juste avant d'arriver à Tougan, on éclate un pneu arrière. Impressionnant, il ne reste presque plus de caoutchouc autour de la gente. C'est le risque de rouler avec des vieux pneus usagés. Ils ne tiennent pas la chaleur et les vibrations de la tôle ondulée. C'est Guigma qui change la roue. Un pro. Nous arrivons enfin à Tougan vers 22 heures. Nous avons droit à un accueil chaleureux de toute la famille Drabo. Paul et sa famille, Jacqueline et sa fille Laura et Edwige, la première fille de Félix. Il y a une ambiance de fête dans la maison. Paul m'a préparé une chambre avec un matelas au sol et une moustiquaire. L'accueil burkinabé. C'est un peu dur mais je passe une bonne nuit.

jeudi 22 décembre 2011

Ouaga 2000

Félix ne va pas beaucoup mieux aujourd'hui. Mais nous décidons tout de même d'aller visiter Ouaga 2000. C'est un nouveau quartier de Ouaga, en construction depuis une dizaine d'années. On y trouve toutes les ambassades, les ministères, les bâtiments officiels et bien entendu le nouveau palais présidentiel. C'est aussi là que les riches font construire leur belle maison. Bon, pour être honnête, c'est un peu un grand chantier dans la pampa. L'urbanisme est un peu anarchique. Il n'y a peu de commerces et donc pas des masses d'animation. Bref, c'est pas emballant. Mais bon, faut l'avoir vu. C'est fait. Au retour, nous passons voir une vieille dame, connaissance de Félix, qui souffre terriblement des genoux. Les médecins ne savent pas trop ce qu'elle a. La pauvre, ça fait plusieurs années qu'elle déguste. De retour à la maison, Félix va se reposer. Les femmes s'activent dans la cour aux taches ménagères. Ça n'arrête pas. Guigma regarde un navet américain à la télé. C'est Bruce Willis qui sauvent des pauvres africains dans un camp de réfugiés. La vision américaine de l'Afrique quoi. Quelle connerie ! Comme Félix n'est pas au mieux, je pars en scooter en ville avec Guigma. Nous passons devant la gare ferroviaire. Un vieux souvenir. Comme je prends en photos quelques jeunes qui déchargent un wagon, je me fais engueuler gentiment par le contremaître. Il me dit qu'on ne photographie pas les gens sans leur demander. Il a raison, je m'excuse. Il est finalement très sympa et m'autorise à prendre des photos de la gare. Dans le jardin du restaurant de la gare, il y a une belle statue d'art moderne africain. C'est pas mal mais bof. Puis, nous passons à l'ancienne case des volontaires du Progrès dans le quartier de Ouidi. Je retrouve le chemin assez facilement. Sacré souvenir de jeunesse. Nous y séjournions lorsque nous étions de passage à Ouaga. La maison a été découpée en trois logements distincts. On la reconnaît à peine. Mais bon, c'était là. Puis nous cherchons un endroit pour manger. Guigma me conduit à dans un maquis sympa au bord du lac sous les manguiers. L'endroit est paisible et frais. Autour, il y a plein de gens qui cultivent dans les maraîchers. Dès qu'il y a de l'eau, tout pousse. C'est agréable de voir de la verdure. Ca change de l'aridité ambiante. A la rôtisserie, nous choisissons notre poulet encore vivant pour qu'ils nous le cuisinent. Il faudra attendre une petite demi-heure en sirotant une bière. Les éternels petits vendeurs passent nous voir les uns après les autres. Guigma m’offre un chapeau mossi qu’il achète à un petit vieux qui en a plein sur son vélo. Le poulet grillé arrive enfin. La chair est un peu dure mais c'est bon. Nous repartons en passant devant l'hôtel Silmandé. A mon époque, c'etait l'hôtel le plus luxueux de Ouaga, et le bâtiment le plus haut aussi. Maintenant il s’est fait dépasser. Il vieillit plutôt bien. Nous retournons chez Félix que nous retrouvons à moitié endormi dans un état pitoyable. On lui dit qu'on a creusé un trou pour sa tombe et qu'on a déjà prévenu le prêtre. Ce soir, je suis invité chez Banagoun et sa famille. Comme Félix est a l'article de la mort, c'est Guigma qui m'accompagne. Nous y allons en voiture car nous risquons de rentrer tard ce soir. Nous n'échappons pas aux bouchons monstres de sortie de boulot. Nous mettons plus d'une demi-heure pour passer un feu. Poussières, gaz d'échappements, c'est l'enfer. Mais nous finissons par arriver au camp militaire sur la route de Bobo où réside Banagoun. Une grande maison avec un beau jardin au milieu du camp. Je retrouve Cécile, la femme de Banagoun, toujours aussi belle. Et leur fille que j'ai connu bébé. C'est une belle jeune fille maintenant. Sa sœur aînée est étudiante à Bordeaux. Nous avons la compagnie du colonel Ali Paré et de sa femme. Tout deux très gentils. Cécile nous a préparé un grand buffet magnifique, le tout accompagné de vin californien. On se régale. On se remémore les souvenirs du bon vieux temps. Comme Guigma travaille demain matin, nous demandons la route. Le circulation à cette heure est beaucoup plus fluide. Il y a des guirlandes de noël attachées aux lampadaires. C'est marrant de voir ça ici.

mercredi 21 décembre 2011

L'Onatel

Malgré la nuit très spéciale d'hier, j'ai réussi à dormir correctement. Mais j'avoue que le moindre bruit suspect me fait soulever une paupière. On a beau se dire qu'ils ne reviendront certainement pas, on y pense quand même. Ce matin, nous allons à l'Onatel (le France Télécom local) pour se renseigner sur le coût des abonnements Internet. C'est apparemment moins cher que chez Talmob. Félix reviendra plus tard pour confirmer. Nous retournons à la maison du peuple pour aller boire un coup. Nous retrouvons Guigma et les innombrables petits vendeurs. L'après-midi, Félix répare sa porte. Noëlla nous laisse la petite Gloria ce soir car elle est de garde à l'hôpital. Je suis admiratif des femmes africaines. Elle travaillent, s'occupent des enfants, font à manger et toutes les taches ménagères sans jamais râler. Bref, elles n'arrêtent pas. Pas vraiment le temps de faire du shopping. Félix est très souvent au téléphone avec Laurent, son copain français des Landes. Le pauvre a sa femme qui est en train de le quitter et il a besoin d'en parler à quelqu'un. Et pour ça, Félix est un très bon confident. Le soir, j'invite Félix et Sita au maquis pour manger du poisson grillé. Nous emmenons avec nous la petite Gloria qui, une fois n'est pas coutume, est plutôt calme. Félix lui achète un ballon en forme de père noël. Ça l'occupe. Elle l'appelle bébé en lui faisant pleins de bisous. Les carpes sont délicieuses. Elles sont servies avec une sauce mayonnaise épicée. Pas mal du tout. J'aime bien cette ambiance de maquis la nuit. On s'y sent bien. Comme Félix est entre la vie et la mort à cause de son rhume, nous rentrons.

mardi 20 décembre 2011

Temob

Le lendemain, on s'aperçoit que le voleur a laissé par terre les puces des mobiles de la voisine. Sans doute pour ne pas se faire repérer. Car tout le monde sait qu'on peut facilement localiser un mobile connecté, à quelques mètres près. Félix part chez un serrurier pour faire réparer sa porte avec une tôle plus costaud. Les voisins viennent nous voir les uns après les autres pour venir aux nouvelles. En fin de matinée, nous partons en scooter chez Telmob, en centre ville. C'est un opérateur privé de téléphone mobile et un fournisseur d'accès à Internet. Il faut emporter son unité centrale avec soi pour qu'ils puissent installer eux-mêmes le logiciel de connexion. Sans doute pour éviter les piratages. L'attente est interminable. Je me souviens maintenant que le plus dur en Afrique est d'apprendre à patienter et à ne surtout pas s'énerver. Mais je suis en vacances, pas de stress... J'en profite pour aller faire un saut au cybercafé d'à coté pour changer tous les codes de mes comptes bancaires. On ne sait jamais si le voleur refile mon smartphone où il y avait indiqué certains codes à un petit génie de l'informatique, ils sont capables de vider mes comptes en un rien de temps. Et puis, même s'il y a peu de probabilité que ça arrive, ça me rassure. Je retrouve Félix à la sortie du cybercafé. Il n'a pas eu la patience d'attendre son tour chez Telmob. Il a choppé une bonne crève. Et Félix, quand il est malade, il ne vaut rien. De retour à la maison, Sita nous a préparé un ragoût d'ignames car je lui avait dit que j'adorais ça. C'est divin. Je me régale. Nous programmons d'aller à Tougan pour les fêtes de Noël. Nous retrouverons Paul et Jacqueline, frère et soeur de Félix qui vivent là-bas. Ça nous fera du bien d'aller en brousse. Nous avons la visite d'Issouf Compaoré, chanteur et beau-frère de Sita. Il est gentil comme tout et n'a pas changé. Peut-être un peu plus de cheveux blancs. La petite Gloria, âgée un an, est particulièrement pénible ce soir. C'est colère sur colère. Elle doit faire ses dents ou avoir mal quelque part. Elle passe du sourire aux pleurs en quelques secondes. Et quand elle ne pleure pas, elle gambade sur ces quatre pattes pour aller faire des conneries. Mais comme elle ressemble à Kirikou, on lui pardonne.

lundi 19 décembre 2011

Le voleur

Décembre et janvier sont les mois où l'on dort le mieux au Burkina. La température est idéale. Le reste de l'année, il fait trop chaud. Aujourd'hui, on n'a rien prévu de particulier à faire. Félix doit déposer sa voiture chez la garagiste car le moteur fait des bruits bizarres. Nous circulerons donc en scooter. C'est très pratique pour éviter les bouchons de plus en plus nombreux à Ouaga. Je redécouvre la ville. Je ne suis pas réellement surpris par les changements. L'ambiance générale est la même que celle que j'ai connue jadis. Toujours autant de pollution. Les camions et deux roues fument toujours autant. Ca piquent presque les yeux et les poumons en prennent un sacré coup. Il y a beaucoup de monde dans les rues. Ouaga comptait 700 000 habitants en 1983, 3 millions aujourd'hui. Forcement, ça se voit. J'ai un peu de mal à m'orienter. Je ne reconnais pas tous les lieux. Nous nous arrêtons à la banque pour retirer du fric. La carte Visa marche du premier coup. Félix me dit que j'ai peut-être retiré un peu trop d'argent du premier coup. Tant pis, c'est fait. On va boire une bière dans un maquis près de la maison du peuple. Je retrouve le goût de la Sobbra (la bière de Ouaga) et de la Brakina (la bière de Bobo), les deux bières les plus bues ici. Pour être honnête, elles ont un goût très similaire. Mais chacun a ses préférences. Félix est toujours aussi dragueur avec les serveuses. Ça me fait toujours sourire. Les marchands de babioles (téléphones mobiles, ticket de loto, outils de bricolage et vêtements en tout genre) nous proposent leurs articles les uns après les autres. Un rituel dans les bars. Mais ce sont surtout des produits chinois pas chers et de mauvaise qualité. On peut se procurer une copie d'un iPhone pour 10 euros environ. Nous rentrons à la maison où Sita nous a préparé à manger. Jean-Paul, un français de Cahors qui plane à donf, vient nous faire une visite. Il est gentil. Il vit a Ouaga depuis une dizaine d'années. On ne sait pas trop à quoi il occupe ses journées ? Je mets en route les deux ordinateurs. Tout fonctionne parfaitement. Félix fait fabriquer une petite table par le voisin pour poser son nouvel ordinateur. L'après-midi est ponctué de visite d'amis et de voisins qui viennent saluer. Le soir Sita et Félix se sont endormis dans le salon. Je vais regarder un film sans intérêt sur mon smartphone dans ma chambre. Une fois terminé, je le pose sur la table de chevet puis m'endort. En voyage, je mets toujours des boules Quiés dans les oreilles pour dormir car le moindre bruit me réveille. Et pourtant dans la nuit, un grand bruit me fait sursauter. La porte de ma chambre est entrouverte. Bizarre, je l'avais pourtant fermée ? J'aperçois alors une lueur de torche électrique dans le couloir. Puis une ombre qui pénètre dans ma chambre. Au début, je pense que c'est Félix qui vient chercher quelque chose. L'ombre a à peu près sa corpulence. Je lui demande ce qu'il veut. Il me répond qu'il vient chercher des piles. Mais je ne reconnais pas le son de sa voix. Sans doute un ami de passage ? Avec sa torche, il scrute toute la chambre, puis soudain se jète sur mon smartphone posé sur la table de chevet et s'enfuit en vitesse. Là, je réalise que ce n'est pas normal et qu'il s'agit très certainement d'un voleur. Je sors de mon lit, pas trop fier, et vais réveiller Félix et Sita qui dorment à poing fermés. "Félix, j'ai l'impression qu'il y a un voleur qui est entré dans la maison". Il se réveille brusquement et court dehors pour voir s'il est encore là. On regarde un peu partout dans la maison pour savoir ce qu'il a piqué. Il a emporté tous les téléphones mobiles qui traînaient. Apparemment, rien d'autre. Pour entrer dans la maison, il a découpé une ailette de la porte persiennée métallique de derrière. Du grand art. Ça a du faire du boucan. Comment se fait-il que personne n'ait rien entendu ? Peut-être a-t-il vaporisé un somnifère à travers la fenêtre ? Ce ne serait pas étonnant. C'est une technique assez fréquente en Afrique. Nous constatons que notre voisine, Maman, a subit le même sort. On lui a aussi ouvert sa porte et piqué deux portables. Ce devait être un petit voleur qui cherchait de l'argent ou des trucs faciles à revendre. C'est souvent comme ça avant les fêtes de Noël. On se retrouve tous dans le salon, un peu choqués de ce qui vient de nous arriver. Il est 4 heures du matin. Finalement, on se dit qu'on l'a échappé belle. Le ou les voleurs n'ont pris que 6 portables. On finit même par en rigoler. Je félicite Félix pour l'organisation de mon voyage car il a prévu une "séquence sensation forte". Chapeau ! Je le charrie aussi en lui disant qu'il etait sûrement de mèche avec les voleurs pour me piquer tout mon fric. Lui me rétorque que c'est bizarre que moi seul est vu le voleur ? Bref, finalement, on en rigole bien. Il n'y a que ça à faire. Puis nous retournons nous coucher. Sita et Maman continuent à discuter dans le salon. Elles ne peuvent plus dormir. On peut le comprendre...

dimanche 18 décembre 2011

Le pic de Nahouri

Après une bonne nuit de sommeil, je me réveille sans difficulté à 7h00 du matin grâce au décalage horaire (1 heure). Nous décidons donc d'aller à Pô. Non pas pour participer à la course mais pour la regarder. Noëlla et Guigma nous accompagnent. Ils ont passé plusieurs années à Pô en tant qu'infirmiers et sont heureux d'y refaire un saut. Sita reste à la maison pour garder Gloria, la petite fille d'un an de Noëlla et Guigma. Pour mon arrivée, Félix a changé le moteur de sa voiture, une Espace. Elle marche mais sa santé semble fragile. Ca va être l'aventure. Comme toujours avec Félix. Mais je ne suis pas inquiet, on s'en sort à chaque fois. Donc, pas de stress. Nous sortons de la ville et découvrons la brousse. Rien a changé. Une immensité de savane avec quelques petits arbres de quelques mètres de hauteur. Il n'y a pas un nuage dans le ciel. C'est le début de la saison sèche mais les herbes sont déjà toutes jaunies. L'air poussiéreux rend la visibilité assez limitée. A cette saison, autant les nuits sont fraîches (20°C), autant les journées sont chaudes (30°C). Mais c'est tout à fait supportable. La route est longue et monotone. Nous arrivons sur place vers 11h00. La course vient tout juste de se terminer. Nous décidons quand même de gravir le petit pic de Nahouri qui fait environ deux cent mètres d'altitude. L'ascension n'est pas évidente car nous croisons toute la foule de gens qui redescend du sommet. Je suis apparemment le seul blanc. Les gens sont adorables avec moi et nous encouragent pour la montée. Il faut savoir qu'au Burkina, il n'y a pas de montagne. Donc, les burkinabés ne sont pas coutumiers des randonnées d'altitude. L'ascension d'une simple petite colline leur donne l'impression d'escalader l'Annapurna. Noëlla et Guigma sont plutôt à l'aise mais Félix souffle un peu. Finalement, chacun à son rythme, tout le monde arrivera au sommet, Noëlla la première. La vue d'en haut est magnifique. Comme le pic est isolé, nous pouvons admirer les paysages de brousse tout au tour de nous. Nous prenons quelques photos puis redescendons tranquillement vers le village où sont remises les médailles aux gagnants de la course. Il y a une foule de badauds qui regarde le spectacle. Les personnalités officielles sont bien installées sous une grande tente. Discours et tout le tintouin... Ce sont deux nigériens qui ont gagné cette année. Le premier prix est un scooter. Certains rigolent en pensant qu'ils vont retourner au Niger avec. Je profite de l'occasion de cette manifestation pour prendre quelques photos en n'oubliant pas de demander l'autorisation avant. Sinon, c'est considéré comme impoli et ça peut devenir vite conflictuel. Dans le cas contraire, les gens, pourtant adorables, ne se gênent pas pour faire part de leur mécontentement. Dans le cas d'un attroupement public, c'est plus facile. Mais si on photographie une personne en particulier, il faut toujours demander l'autorisation. C'est comme ça, et après tout, c'est tout à fait normal. Je photographie quelques femmes et enfant peuls isolés qui sont assis à l'ombre d'un arbre. Elles sont magnifiques et le savent. Elles sont couvertes de bijoux, ce qui n'est pas, en général, le cas des femmes burkinabés. Après la cérémonie, nous allons à Dakona, ville frontière du Ghana. Nous buvons quelques bières dans un bar où se trouve toute la délégation officielle de la course. Félix nous raconte toutes ses mésaventures lors de ses passages difficiles de frontière pour le transport des camions de Franck et Jean-Luc. Nous mangeons un peu de riz sauce puis repartons vers Pô. Noëlla et Guigma en profitent pour aller saluer quelques amis. Puis retour vers Ouaga. Nous croisons les éternels accidents de la route, parfois impressionnant, dus en grande partie à la vétusté des véhicules. Nous arrivons enfin à Ouaga à la nuit tombée, bien fatigués mais comblés de notre journée bien remplie. Nous retrouvons Sita qui nous a préparé un bon repas.

samedi 17 décembre 2011

Le départ

Sur mon billet, il est indiqué que l'embarquement aura lieu à Roissy à 16h30. Mais comme il y a des grèves des agents de sécurité, on nous conseille d'arriver en avance car les contrôles des bagages risquent d'être plus longs que d'ordinaire. Je quitte donc Vincennes vers 13 heures. J'espère que la malle à roulettes achetée pas chère chez le chinois d'à coté va tenir le coup jusqu'à l'aéroport. Aux comptoirs d'embarquement, il y a du monde mais pas plus que d'habitude. C'est plutôt bon signe. Lorsque c'est mon tour, je dépose ma valise sur la balance du comptoir et, oh surprise, elle pèse 34 kilos ! En fait, je n'ai droit qu'à deux bagages de 23 kilos maximum. Je ne l'avais pas pesée chez moi, d'abord parce que je n'ai pas de balance et puis parce que je pensais qu'elle devait faire 15 kilos tout au plus. Le type du comptoir me propose de répartir le poids de la valise dans deux bagages séparés. C'est facile à dire. J'ai mis tellement de temps à bien caler les ordinateurs que ça risque d'être compliqué. Quand il m'annonce que si je ne le fais pas, il faudra que je m'acquitte d'un supplément bagage de 100 euros, je m'exécute sans discuter. Je vais donc un peu plus loin pour faire le transvasement. Je mets les deux unités centrales dans mon sac à bandoulière et ne garde avec moi qu'un petit sac à dos que j'avais heureusement emporté pour me balader et dans lequel je ne mets que le stricte minimum. Finalement, j'arrive à faire deux bagages de 22 et 12 kilos. C'est parti comme ça. On verra bien à l'arrivée. Croisons les doigts. Les contrôles de sécurité, de police et de douane se passent finalement assez vite. Enfin, comme d'habitude. Tant mieux. Les panneaux d'affichage annoncent un petit retard d'une demi-heure pour le décollage de notre avion. C'est les vacances, je m'en fou. On décolle vers 17h30. Le vol dure 5 heures. C'est une des rares fois où je prends un vol direct pour Ouaga. D'habitude, je fais toujours une escale à Alger, Bamako ou Niamey. Ca rallonge sacrément la durée du voyage. La solution du direct est quand même beaucoup plus agréable surtout lorsqu'on part pour 15 petits jours de vacances. Dans l'avion, je suis assis à coté d'un professeur de mathématiques qui enseigne à Mayotte. Il me raconte sa vie là-bas. Il est déçu par l'ambiance de cette île. Surtout depuis les grèves interminables qu’il y a là-bas pour protester contre la vie chère. Et puis, les autochtones ne sont pas plus sympathiques que ça. Pour l'instant, il va passer ses vacances au Burkina où il va retrouver sa femme et son fils burkinabés. Le voyage se passe bien. Je me rends compte que cela fait exactement 28 ans que j'ai posé le premier pas sur le sol burkinabé (Haute Volta autrefois). Le 15 décembre 1983, pour être précis. Ca ne me rajeunit pas. Le temps passe vite , trop vite. Ça me fait toujours une drôle de sensation de poser le pied sur le tarmac de l'aéroport de Ouaga. Une sensation de bien-être. La chaleur douce du soir doit y être pour quelque chose. J'espère que les formalités de douane et de police se passeront bien. Mon petit soucis, c'est que j'ai oublié d'emporter avec moi mon certificat de vaccination. Et bien entendu, je ne suis pas à jour de la fièvre jaune, obligatoire pour rentrer sur le territoire burkinabé. Je le savais avant de partir, mais j'ai fait l'impasse. Je n'avais pas envie de me faire piquer pour 15 jours de voyage. En plus, les risques de fièvre jaune sont relativement faibles. Fort heureusement, le type du contrôle sanitaire à l'entrée me dit de passer sans rien me demander. Bon, ça c'est fait. Les contrôles de police et de douanes se passent eux aussi sans problème. Et de deux. De l'autre coté de la vitre, Félix et Banagoun m'attendent. La récupération des valises est un peu longue. Mais finalement mes deux bagages ont l'air apparemment intactes. Un petit sourire à la douanière, un gentil "Vous n'avez rien à déclarer ?" "Non, bien sur !" "C'est bon vous pouvez passer !" Je n'ai même pas eu à ouvrir les valises. Et de trois. Me voilà au Burkina ! Quel bonheur ! Dehors m'attendent Sita, Noëlla et son mari, Guigma. On a perdu momentanément Banagoun. Nous le retrouvons un peu plus tard autour d'une bière dans un maquis en centre ville. Quelle joie de se retrouver là. Et surtout de revoir tous mes amis que je n'avais pas revu depuis fort longtemps. On se donne des nouvelles. Félix m'apprend qu'il m'a inscrit à une course à pied demain du coté de Pô, au sud de Ouaga près de la frontière ghanéenne. Au début je croyais que c'était une blague. Mais non. Il faudra se lever à 7h00 pour être là-bas vers 9h00. " Houla ! On se calme. C'est les vacances les gars ! " Bref, on verra bien dans quel état je serai demain matin. Comme il se fait tard, nous rentrons chez Félix et Sita. Ils habitent une jolie et confortable maison dans les faubourgs de Ouaga. Je découvre la belle chambre qu'ils m'ont réservée avec un grand lit et l'indispensable moustiquaire pendue au plafond. Il est deux du matin. Je m'effondre de sommeil, heureux d'être là.

vendredi 16 décembre 2011

Les préparatifs

Marre d’un boulot inintéressant et d'un temps parisien morose, je sens que ce voyage au Burkina Faso va me faire le plus grand bien. Je prépare en vitesse mon sac de voyage. Comme d'habitude, j'emporte le minimum d'affaires. Des pantalons en toile légère, un short, des chemises courtes, des changes et bien sur, mon indispensable appareil photo. Cette fois, j’emporterai uniquement mon petit compact. Le reflex est trop gros et il risque de s’abîmer avec la poussière. Plus on voyage léger, mieux on se porte. C'est ma devise. Comme je vais voyager en avion avec Air France, j'ai droit à pas mal de kilos de bagages. Ce serait dommage de gâcher. J'ai donc demandé à Félix ce que je pourrais lui apporter et qui lui ferait plaisir ? Il m'a proposé de lui emmener un ordinateur pour qu'il puisse se connecter à Internet pour communiquer avec ses amis par l'intermédiaire de Skype. J'ai donc demandé au service informatique de mon entreprise s'ils pouvaient me refiler des vieux ordinateurs qui ne servaient plus ? Ils m'ont gentiment répondus qu'ils pouvaient me dépanner de deux vieilles machines encore en état de marche. C'est parfait. Je donnerai la seconde à une association sur place. Le problème, c'est que tous ces équipements informatiques (unités centrales, écrans, claviers, souris et câbles) prennent pas mal de place. J'ai donc dû acheter une grosse valise à roulette suffisamment costaud pour que le matériel ne s'abîme pas lors du transport. Surtout quand on sait la manière dont les bagagistes des aéroports jettent les valises dans les containers. J'arrive tant bien que mal à tout caser et à enrober le tout de couvertures et d'un coussin gonflable pour absorber les chocs. Il n'y a plus qu'à espérer que tout ça arrivera à bon port sans trop de casse. Le tout prêt, il n'y a plus qu'à attendre le départ.