lundi 2 janvier 2012

Retour en France

Avec Félix et Jacqueline, nous allons rendre une visite à Noëlla et Guigma chez eux, dans la banlieue de Ouaga. On va parler de leur projet associatif. Je leur donne quelques conseils. Félix leur donne aussi son avis. Je leur propose de créer un site Internet pour promouvoir leur association et récupérer des fonds. L’idée est retenue. Maintenant, c’est à eux de bosser. En tout cas, je trouve le projet très intéressant et motivant. Nous découvrons leur quartier. Les constructions sont très sommaires. Il n’y a ni eau courante, ni électricité. Il y a quelques années, il n’y avait rien ici. C’était la brousse. Mais Ouaga s’étend de jour en jour. Dans dix ans, on ne reconnaîtra plus rien ici. Nous allons chercher Paul à la gare routière qui est venu de Tougan pour me dire au revoir. Sympa ce Paul. Nous passons une bonne partie de l’après-midi à siroter des bières au petit bar d’à coté. Bonne ambiance. Le soir, Félix, Sita, Jacqueline, Paul, Noëlla, Guigma, Laura, Hadi et Gloria m’accompagnent à l’aéroport. Instant toujours émouvant. L’idée de retrouver la grisaille parisienne ne m’enchante pas vraiment. J’ai passé un séjour magnifique avec des amis charmants et gentils comme d’habitude. Ils vont tous me manquer. Mais je leur promets de revenir l’année prochaine. On se fait la grosse bise, puis je passe le barrage pour m’enregistrer. J’ai la surprise de voir Banagoun qui est venu, lui aussi, me dire au revoir. Sympa. Après le passage des innombrables contrôles et barrages de sécurité, nous montons enfin dans l’avion. Malheureusement, il y a eu un problème de comptage des bagages. Il faut les ressortir de l’avion, les poser sur le tarmac et chacun doit identifier le sien. Bref, ça prend un temps fou et nous ne décollons finalement qu’à 3 heures du matin. Je retrouve les éternels râleurs franchouillards qui promettent de porter plainte contre Air France. Mon dieu que j’étais bien loin de ces cons…

dimanche 1 janvier 2012

Le 1er de l'An

Ce matin, c’est calme. Les femmes ont déjà tout nettoyé. Difficile d’imaginer qu’il y avait une fête ici hier soir. Les amis et voisins passent pour nous fêter la bonne année. Avec Jacqueline, Noëlla et Guigma, nous discutons d’un projet associatif. Comme Noëlla et Guigma habitent un quartier défavorisé, éloigné du centre et qu’ils sont tout deux infirmiers, ils voudraient créer un petit centre médical de premiers soins pour les enfants. Mais ils manquent de moyens. Je leur propose d’écrire leur projet sur du papier et je verrai comment je peux leur trouver des sous en France. Demain, nous irons les voir chez eux. Je vais acheter quatre cartouches de cigarettes. Ici, le paquet coûte moins d’un euro. Faut faire du stock pour alimenter mes poumons. Félix me passe une de ses amies françaises au téléphone pour que je la rassure sur les conditions de sécurité au Burkina. Elle aimerait bien venir mais avec tout ce qu’on raconte aux informations en France, elle hésite. Je comprends. On a tendance à exagérer un peu chez nous. Dans un autre coté, Jean-Philippe s’est bien fait descendre en Mauritanie. Donc, tout peut arriver. Comme dans le métro parisien.

samedi 31 décembre 2011

La Saint Sylvestre à Ouaga

La lumière du petit matin est très belle. C’est le moment idéal pour faire de l’image. Je vais donc me promener dans les environs. Juste derrière la maison, il y a un immense enclos pour les zébus. Sûrement un point de rassemblement du bétail avant l’abattoir. Puis nous partons à la gare routière. Le bus de Ouaga part à 10h00 pétante. Surprise, Laura vient avec nous. Elle va retrouver sa mère Jacqueline qui se trouve à Ouaga en ce moment. Il va falloir négocier une place pour elle dans le car. Je demande à Félix de faire un petit crochet par la mosquée que j’ai oublié de prendre en photo. C’est une des plus vieilles construction de Bobo (fin 19ème). J’aime bien, elle est très jolie. Nous embrassons tout le monde et le bus part à l’heure. Quelle ponctualité ! Laura est assise entre Félix et moi. Comme ce n’est pas très confortable, l’aide chauffeur trouve une place pour Félix dans le fond du bus. On est plus à l’aise. Laura s’endort durant presque la totalité du trajet. Je tente quelques photos à travers la vitre de la fenêtre sans grand succès. Mon petit appareil ne gère pas les vitesses d’obturation et je n’ai que des photos floues. Tant pis. Le goudron est bon jusqu’à Boromo car il a été refait récemment. Après, jusqu’à Ouaga, c’est moyen. On s’arrête quelques minutes à mi parcours, à Boromo, pour manger quelques bananes et boire un peu. Puis c’est reparti. Nous arrivons sans problème à la gare routière de Ouaga vers 15h30. Comme Noëlla et Jacqueline ne sont pas là pour venir nous chercher, nous prenons un taxi. Sur la route nous les croisons en scooter. Trop tard. Jacqueline ne sait pas que nous avons ramené Laura avec nous. Ca va être la surprise. Je retrouve mes deux chéries, Hadi et Gloria, qui, apparemment sont toutes heureuses de me revoir. Sita et ses neveux sont en train de préparer le repas pour la fête de ce soir. Je vais avec Jacqueline récupérer mon batik au centre artisanal du centre. Il est magnifique. Je suis ravi de mon achat. De retour à la maison, le quartier est en ébullition. On entend de la musique un peu partout dans les maisons voisines. Je suis surpris de retrouver Edwige et Bienvenue qui ont décidé de venir à Ouaga pour passer le 31 avec nous. La fête commence. Nous dansons, mangeons et buvons toute la nuit. A minuit, on se fait la bise puis nous montons sur la terrasse de la maison pour voir les petits feux d’artifice tirés d’un peu partout en la ville. C’est artisanal mais sympa.

vendredi 30 décembre 2011

Le marché de Bobo

Edwige part tôt ce matin pour son dernier jour de boulot. Félix, Laura et moi regardons le dvd d’un film burkinabé nul qui s’appelle "Sofia". Une histoire d’amour à l’eau de rose débile, genre bollywood. Mais Félix et Laura adorent. Elle connaît les dialogues par cœur. Nous avions prévu d’attendre Edwige pour aller faire un tour au marché. Mais comme elle ne rentre pas, nous y allons sans elle. Le marché grouille de monde. Les échoppes des commerçants musulmans sont fermées car ils sont à la mosquée pour la prière du vendredi. Je suis certainement le seul blanc dans les environs. Difficile de passer inaperçu et de prendre des photos incognito. Je trouve des écouteurs pas chers pour remplacer ceux que je me suis fait piquer l’autre nuit. Bon, ils ne sont pas terribles mais on fera avec. Lorsque nous rentrons à la maison, Edwige n’est toujours pas rentrée. Pour son dernier jour, ils l’ont gardé plus longtemps. On a bien fait de ne pas l’attendre. Avec Laura, nous fabriquons un jeu d’awalé avec des petits cailloux ramassés dehors. Nous jouons toute la soirée. Cette fille est très intelligente. Elle triche la coquine. Mais je gagne quand même. Non mais !

jeudi 29 décembre 2011

Départ pour Bobo Dioulasso

Sita et Noëlla nous accompagnent à la gare routière en scooter. Le bus part comme prévu à 10h30 pile. Il parait que cette compagnie de cars privés appartient à un ancien footballeur. Plutôt que de claquer bêtement son pognon, il a investi dans cette entreprise. Les bus sont en très bon état. Rien à voir avec les corbillards ambulants que j'ai connus jadis. Nous prenons le boulevard périphérique pour rejoindre la nationale de Bobo. Le contournement de Ouaga est assez long. Il y a quelques travaux sur la route. Nous empruntons donc des pistes de déviations provisoires. Les routes souffrent beaucoup ici. En grande partie à cause des fortes pluies durant la saison humide. Il faut les entretenir en permanence. Sinon elles deviennent vite impraticables. Nous passons par les villages de Sabou, Tatio et quelques autres. Nous nous arrêtons dix minutes à Boromo situé à peu près à mi chemin. Ambiance de gare routière avec ses vendeuses de boissons, fruits, pains, arachides et tout ce que les voyageurs peuvent avoir besoin. Je prends quelques photos le plus discrètement possible. C'est l'avantage des petits appareils. On peut les camoufler facilement. Dans le car, nous sommes situés à droite face au soleil. Ce n’est pas très bon pour les photos. Juste avant d’arriver à Pa, il y a un accident entre une voiture et un bus. La voiture est complètement calcinée. Nous apprendrons plus tard qu’il y a eu trois morts. Malheureusement, c’est monnaie courante. Je verse une petit larme lorsque nous passons devant le croisement de la route qui mène au sud vers Dano. Il faudra quand même que j’y retourne un jour. Plus on descend vers Bobo, plus la végétation est présente. On retrouve un peu de verdure qui contraste avec l’aridité du nord. Bon, c’est pas non plus la jungle. On arrive enfin à Bobo à 15h30 pile poil, l’heure prévue. Edwige a demandé à un de ses amis de venir nous chercher. Il nous attend à la gare routière avec sa Mercedes noir. Edwige habite une très jolie maison au nord de Bobo sur la route du Mali. C’est Laura, la fille de Jacqueline, et Bienvenue, une jeune fille de Zaba qui nous accueillent. Edwige est au travail. Après le déjeuner, nous prenons un taxi avec Félix pour aller chez la sœur de Sita afin de lui piquer son scooter. Ce sera plus pratique pour nous balader en ville. Car ici les embouteillages sont aussi nombreux qu’à Ouaga. Nous avons à peine le temps de visiter la ville qu’au bout de quelques kilomètres, le câble du frein arrière lâche. Nous allons donc au marché central pour le faire réparer. Un petit apprenti mécanicien met un temps fou à nous le réparer. Il faudra que le chef lui donne un coup de main sinon nous y serions encore. Nous repartons chez Edwige à la nuit tombante. Comme Félix va voir quelques amis en ville, je dîne seul avec les filles. Edwige me raconte son boulot. Pas passionnant. Il faut qu’elle rentre des données dans des ordinateurs. Mais ça paye relativement bien. Elle termine officiellement demain soir. A moins qu’ils ne la réembauchent l’année prochaine. Mais elle ne le saura que début janvier. Si ça ne marche pas, elle a bien envie de retourner vivre à Ouaga. En ce moment, elle est un peu dans l’incertitude. Et pour couronner le tout, elle a une bonne rage de dents. Je lui conseille de prendre du Synthol pour calmer la douleur. Félix ira lui en acheter ce soir. Pour dormir, Edwige me prête sa chambre. Je suis gêné mais c’est difficile de refuser. Ce serait mal poli. Les filles dorment donc dans une autre chambre et Félix sur un canapé du salon. J’ai l’impression qu’il m’a refilé son rhume, ce chameau.

mercredi 28 décembre 2011

L'anniversaire de Noëlla

J'ai trop mangé hier soir. Mais c'était tellement bon. Dans la nuit, Félix s'est engouffré tous les restes du poisson. Il nie. Sita l'engueule. Encore un long appel téléphonique de Laurent. Ses affaires ne s'arrangent pas. Félix le réconforte comme il peut. Nous décidons de partir demain à Bobo chez Edwige, la fille aînée de Félix. Nous passons donc à la gare routière pour réserver deux places. Devant nous, une fille en scooter se casse la gueule. Les accidents des deux roues sont fréquents ici. Apparemment, elle n'a rien. Juste un peu de tôle froissée. On en profite pour faire un détour par l'Onatel pour savoir où en est la connexion Internet. C'est les fêtes de fin d'année. Il ne faut pas s'attendre à avoir Internet avant une dizaine de jours, malgré leur promesse de faire au plus vite. Sita a préparé un nouveau poisson pour remplacer celui qu'a mangé Félix (qui nie toujours). Ce soir nous allons fêter l'anniversaire de Noëlla dans un maquis en plein air du coté de Ouaga 2000. Nous mangeons de très bonnes brochettes de zébu et du poulet grillé. Le tout arrosé de bière comme il se doit. On rigole bien. Ils passent de la bonne musique africaine. Nous rentrons dans la nuit, tous bien gais.

mardi 27 décembre 2011

Centre artisanal

Dans la nuit, j'entends le grincement du portail. Encore un voleur ? Non, j'entends la voix de Félix plutôt calme. Je me rendors. Au matin, j'apprends que Félix et Sita sont allés accompagner la petite voisine à la clinique pour accoucher. C'était donc ça l'ouverture du portail. Ce matin, comme il n'y a rien de spécial à faire, je vais à pied au centre artisanal situé non loin de là. C'est un grand centre où il y a plein d'ateliers d'artisans. Du tissage, des batiks, des statues, de la poterie, etc… C'est plutôt une bonne idée d'avoir rassemblé dans un même endroit les différents types d'artisanats du Burkina. Malheureusement, le passage de nombreux touristes fait grimper les prix. Mais il faut reconnaître que les produits sont beaux et de bonne facture. Il y a beaucoup d'idées intéressantes dans tout ce que je vois. Je rentre à la maison sous la chaleur de midi. Sita et Noëlla ont préparé du riz sauce. Gloria est beaucoup plus calme aujourd'hui. Sans doute grâce à la présence d'Hadi. L'après midi, je vais faire un tour à l'autre centre artisanal. Celui plus ancien situé au centre ville. Il est moins surfait et les prix sont beaucoup plus intéressants. Je commande un grand Batik. Il faut que je remplace le mien, en France, qui est tout délavé. J'ai eu la mauvaise idée de le nettoyer à la machine à laver. Je choisis moi-même les motifs. Il sera prêt vendredi prochain. Nous allons prendre une bière dans un maquis près de chez Félix. Deux serveuses, amies de Félix, palabrent pour savoir si Félix a bien payé sa consommation la dernière fois. Comme d'habitude, ça se termine bien. On a peut-être un peu trop bu. On a des crises de rire sur le scooter en rentrant. Ca fait du bien. Sita est en train de préparer ses sachets de glace qu'elle revend pour se faire un peu d’oseille. Ce soir, j'ai envie de poisson. Je vais commander deux grosses carpes sur le trottoir. Délicieux.

lundi 26 décembre 2011

Retour à Ouaga

Félix se réveille avec la gueule de bois. Je pense qu'il a du abuser de la bière hier soir. Heureusement, Paul, plus actif, fait bouger tout le monde pour repartir à Tougan. On charge la voiture et partons en fin de matinée en disant au revoir et merci à tout le monde. A mi parcours, Noëlla s'aperçoit qu'elle a oublié un sac à Zaba. Félix est furieux. On téléphone à Paul qui vient de partir en scooter pour qu'il fasse demi tour et aille chercher ce maudit sac. Nous arrivons à Tougan vers midi. Nous attendons un peu que la chaleur baisse pour reprendre la route de Ouaga. J'avais dit à Félix que je ne voulais plus rouler de nuit pour pouvoir admirer le paysage. Je paris avec Félix que nous crèverons au moins deux fois. Lui maintient que nous ne crèverons pas. On verra bien. Nous faisons le plein d'essence à Tougan, achetons des bouteilles d'eau et nous voilà partis. A la sortie de Tougan, Amélie qui voyage avec nous, s'aperçoit qu'elle a oublié les clefs de sa maison. Demi tour. Félix râle. On récupère les clefs et on repart. Félix roule à bonne allure. La piste est plutôt bonne. Les paysages de brousse sont monotones mais j'aime bien. On a l'impression qu'ici, le temps ne bouge pas. Les cases ont changé de forme. Elles sont rondes. Nous sommes en pays mossi. L'ethnie dominante du Burkina. Nous faisons une halte à Yako pour boire une bière à coté de la grande mosquée construite par Kanasoé, un riche burkinabé musulman qui a réussi dans les travaux publiques. Nous retrouvons la route goudronnée. On s'arrête acheter un peu de bois au bord de la route. Je fais remarquer à Félix que ça sent le brûler. Il ne sent rien d'anormal. Bon, croisons les doigts. Puis nous voilà de retour à Ouaga avec le soleil couchant. La lune apparaît à l'horizon. Elle est couchée horizontalement. On ne la voit jamais comme ça en France. Le crépuscule orange et vert est magnifique. Je félicite Félix d'avoir gagner son pari. On n'a pas crevé. Mais j'ai parlé trop vite. Cent mètres avant d'arriver à la maison, on crève. Décidément, Félix n'a pas de chance. Guigma, notre mécanicien, change la roue. Heureusement qu'il est venu avec nous celui-là. On l'a bien rentabilisé. Puis, impossible de redémarrer. Les câbles d'alimentation électriques ont fondu. Ca a provoqué un court circuit. C'était l'odeur que j'avais senti sur la route auparavant. Donc, on pousse la voiture. A la maison, nous retrouvons Sita, ravie de nous revoir. Noëlla et Guigma repartent chez eux sur leurs scooters avec Hadi et Gloria. Ils sont chargés comme des mules. Je prends une bonne douche pour me laver de toute la poussière du voyage. Après, je me sens tout léger. Félix part faire réparer sa voiture. Il doit laisser un paquet de pognon chez son mécanicien. Moi, je reste à la maison regarder la télé avec Sita et la petite voisine, enceinte jusqu'au menton.

dimanche 25 décembre 2011

Fête de Noël à Zaba

Ce matin, il y a quelques nuages dans le ciel. Ca fait bizarre. On m'apporte un peu d'eau chaude pour me laver dans le local qui sert de douche. On doit tous partir à Zaba, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Tougan. Comme on est trop nombreux pour grimper tous dans l’Espace, Félix amène quelques personnes à la gare routière pour prendre le taxi-brousse. D'autres nous rejoindrons en scooter. L'organisation est un peu bordelique mais on arrive quand même à tous partir. Comme Félix n'est pas sur de repasser par Tougan demain pour repartir sur Ouaga, on emporte toutes nos affaires avec nous. Nous nous entassons à onze dans la voiture de Félix. Enfin, quand je dis nous, je pense surtout aux autres qui sont derrière. Car moi, je suis tranquillement installé devant avec Hadidiatou, qu’on appelle plutôt Hadi, la petite fille de Noëlla et de Guigma (légitime celle-là). J'ai honte d'avoir tant de place mais c'est comme ça en Afrique. Priorité aux invités étrangers. Pas de négociation possible. Comme de bien entendu, nous crevons sur la piste. Le pneu réparé hier soir n'a pas tenu. C'est Guigma qui, une nouvelle fois, change la roue sous la surveillance de Félix. Un pro je vous dis. Les filles et les enfants en profitent pour aller ramasser quelques fruits dans les arbres. Je ne connais pas leur nom en français mais c'est sucré et plutôt bon. Une fois réparé, tout le monde reprend sa place de sardine. Nous nous arrêtons un peu plus loin au village de Gassan pour réparer le pneu et faire quelques courses pour la veillée de ce soir. Nous arrivons enfin à Zaba vers 11 heures. La messe de noël vient de se terminer à l'église de la mission catholique. Je reconnais la concession familiale. J'y suis déjà venu plusieurs fois. Depuis peu, il y a de l'électricité, mais toujours pas d'eau courante. Plus besoin de lampe à pétrole le soir. Ca perd un peu de son charme mais c'est plus pratique. Félix va chercher de la bière bien fraîche. Moi, je vais me promener dans le village pour prendre quelques photos. Bien sur, je prends soin de demander la permission aux gens auparavant. J'ai compris la leçon. Les cases en terre sont typiques de la région Samo. J'aime beaucoup leur forme, surtout les greniers à mil surélevés pour éviter que les rongeurs ne viennent manger les récoltes. Les gens que je rencontre sont vraiment gentils. Je discute un peu avec ceux qui parlent français. De retour à la case, je distribue aux enfants les petits cadeaux que j'ai ramené de France (crayons de couleur, lampes électriques qu'on recharge en tournant une petite manivelle, des briquets et quelques montres). L'après-midi, il fait chaud. Je suis allongé sur une chaise longue en sirotant une bière pendant que Paul et Félix installent la sono. Les filles préparent le festin du soir. Coucous, riz sauce arachide et morceaux de mouton. Félix sort même une bouteille de vin rouge espagnol. Le pied ! La maman de Félix est décédée l'année dernière. Je me souviens d'elle. Elle était toujours de bon humeur. Elle dansait et chantait souvent. Félix profite de son passage pour faire un peu de rangement dans sa case. Quelques-uns dansent au son de la musique africaine très sympa que je ne connaissais pas. D'autres remontent l'eau du puit, d'autres font la lessive. Bref, personne ne glande sauf moi. Des griottes viennent chanter les louanges de la famille. C'est toujours un grand moment. En fin d'après-midi, je retourne faire un tour dans le village. Un groupe de gamins m'accompagnent. Certains vont à l'école, d'autres gardent les troupeaux. C'est comme ça ici. Le soir, les filles se parent de leurs jolies pagnes colorés. Paul a invité quelques habitants du village pour fêter sa médaille. Il a fait préparer du dolo (bière de mil) pour l'occasion. Les gens viennent nous saluer les uns après les autres. J'ai dû serrer plus d'une centaine de mains. Les discours se font en dioula. Je ne comprends rien. De temps en temps, Félix me traduit une ou deux phrases. Les gens écoutent attentivement. Ils rigolent parfois. Puis des femmes se mettent à chanter et à danser. Le tout sous le ciel éclairé d'étoiles brillantes. L'ambiance est magique. Les gens dansent les uns derrière les autres sur de la musique ivoirienne. Sympa mais un peu toujours le même rythme. La soirée bat son plein. Il y a beaucoup de monde dans la concession. Le dolo commence à faire son effet. Les gens sont maintenant plus détendus. Certains hommes vont pisser contre les murs en terre de la clôture. Ca me fait sourire. Puis fatigué, je laisse ce petit monde s’amuser et vais me coucher dans une petite chambre que Jacqueline m'a préparé. Je mets mes boules Quiés car la sono est vraiment forte. Quelle belle invention ces engins.

samedi 24 décembre 2011

La médaille de Paul

Dès le matin, la cour s'active. Les femmes préparent le déjeuner et la toilette des enfants. Il fait beau. Le ciel est bleu. L'air est beaucoup plus pur qu'à Ouaga. Paul a fait construire cette grande maison pour toute sa famille. Il a reçu, il y a peu, une médaille du mérite. Son vrai boulot c'est instituteur mais il passe pas mal de temps à écrire des articles pour différents journaux. Et il est récompensé pour ça. Aujourd'hui, il a invité beaucoup de monde pour fêter ça. Tout le monde s'active aux préparatifs. Nous partons dans les faubourgs de Tougan pour vérifier que les poulets commandés la veille sont bien en préparation. Heureusement que nous y sommes allés car apparemment, rien n'est en cours. Finalement, Paul et Félix décident d'aller acheter des poulets ailleurs pour les préparer eux-mêmes. Ils nous déposent, Guigma et moi, au très joli marché du centre ville. Je fais de belles photos en toute discrétion. J'achète du piment et des claquettes. Puis nous allons boire une bière au Nirwaya, le bistrot central de Tougan que je connais bien. Ils ont remplacé la grande paillote centrale par un toit en tôle. Dommage, c'était plus joli avant. Vers 16 heures, les invités commencent à arriver. D'abord, les fonctionnaires, arrogants et moqueurs, qui s'installent dans le salon, puis les voisins et amis. Tout se passe dans une ambiance calme et polie. Pour moi, c'est une excellente occasion de prendre des photos de portrait sans problème. Repas, discours et tout et tout. Avec Guigma, nous allons faire réparer la roue éclatée la veille. Félix a fait ramener un de ses pneus d'occasion de Ouaga par le taxi-brousse. Les petits réparateurs ont une dextérité impressionnante pour faire le boulot en un rien de temps. Le plus long est de redresser la gente qui en a pris un coup. Amélie, la deuxième fille de Félix qui sourit tout le temps, vient d'arriver de Ouaga par le bus avec son mari et son fils, Igor. Dans la soirée, nous allons saluer le frère de Sita qui habite de l'autre coté de la ville. Le ciel est brillant d'étoiles. Une vraie crèche de noël. Au retour, nous passons voir Orkate, une amie complice de Félix que je connais bien. Une très belle femme. Elle était responsable d'une association de femmes dans le village de Da. Maintenant, elle est à la retraite. Elle se plaint un peu de sa santé. Mais elle a gardé son humour et sa joie de vivre. J'apprécie les gens positifs comme elle. De retour chez Paul, j'apprends durant le dîner que Gloria n'est pas la vraie fille de Noëlla et Guigma. En fait, elle a été retrouvée, à peine accouchée, enfermée dans un sac plastic dans une poubelle. C'est un douanier qui passait par là par hasard qui l'a découverte. Comme Guigma était l'infirmier du secteur, le douanier est venu tout naturellement lui remettre le bébé. Bien entendu, ils n'ont jamais retrouvé la mère. Noëlla et lui s'en sont donc occupés. Les démarches administratives pour l'adoption sont longues et coûteuses. Mais ils ne désespèrent pas d’y arriver bientôt. Au début, connaissant Noëlla qui me fait toujours marcher, je pensais que c'était une blague. Mais plus tard, Guigma me confirme l'histoire. En tout cas, chapeau pour tous les deux. Avec leurs petits moyens, c'est courageux de leur part. Un beau compte de Noël. Evidemment, depuis, je ne vois plus Gloria du même œil. Je comprends et excuse ses colères fréquentes.